In bed with Deputies : Saint Rock, Segré, Laryrock

EPISODE 2. Vous bouilliez, vous trépidiez, vous voici récompensés : la suite de notre carnet de route vous fait revivre les meilleurs moments du Honeymoon Tour. Voici donc l’épisode 2 où les Deputies trouvent un van à leur mesure, affrontent le courant alternatif et de la pluie, beaucoup de pluie.

12 juillet : La Clayette – Festival Saint-Rock

Dans une vie antérieure, l’un d’entre nous à dû faire un truc pas net à Alain Gillot-Pétré. Du coup, il s’est vengé en nous balançant des torrents de flotte à chacun de nos derniers concerts. Tout commence à la gare de Bondy, le 11 juillet dernier. Le ciel, bien menaçant depuis le début de la matinée, éclate littéralement sur les têtes de votre serviteur et de Lionel, fidèle manager du groupe, en guise de bienvenue. Chargés comme des mules, et armés d’un seul parapluie, nous nous rendons dans une charmante zone industrielle pour récupérer la Deputies mobile 2.0. À l’arrivée, nous sommes trempés jusqu’aux os, mais cela en valait la peine : notre van est tout simplement extraordinaire. Nous prenons donc place dans un carrosse floqué 8-6 à faire pâlir tous les punks à chiens du pays. Après le traditionnel triathlon de récupération du matos (20e, 11e,), et le disque de Jungle bien en place dans le lecteur CD, nous filons direction Mâcon, fief de notre charismatique batteur.

Nous y sommes accueillis comme des rois par les RDR, dont l’hospitalité n’a d’égal que le nombre de ronds-points de la ville. Requinqués par ces agapes, nous partons affuter notre set dans les studios de la légendaire Cave à Musique, où certains d’entre nous on passé pas mal d’heures de leur prime jeunesse à boire des rouquins (vin blanc + vin rouge) en écoutant du rock’n roll. Les amplis sont réglés à 11, la setlist est au cordeau, c’est donc confiants et remontés comme des coucous que nous allons nous coucher, à la veille d’une de nos plus grosse scène à ce jour. Dès le réveil, Alain nous surveille du coin de l’œil, et envoie sur notre route quelques gros nuages et bons coups de tabac. Nous arrivons néanmoins à La Clayette (attention, prononcer La Clète sous peine de châtiments corporels sévères de la part des locaux), prêts à en découdre avec la Saône-et-Loire. Les bénévoles sont au taquet, les bières au frais, le moral au beau fixe.

Suite à de très bonnes balances annonciatrices de gros son, nous partons nous désaltérer dans notre loge. Soudain, tout bascule. Un ingé son vient nous voir, l’air grave. « Il va falloir tester votre matos, il y a eu un problème ». Naïfs que nous étions. Ce n’était pas de feu le présentateur météo fou qu’il fallait nous méfier, mais de la fée électricité. Si comme moi, vous étiez nuls en sciences physiques, voici un petit rappel : que se passe-t-il quand le fil de neutre d’un tableau électrique lâche ? Pas compliqué : c’est du 400 volts qui passe dans les tuyaux, et tous les amplis pètent. Les techniciens s’affairent, testent le matériel, mais rien à faire : le scénario catastrophe tant redouté se produit sous les yeux incrédules de tous. Le plateau est HS, le festival Saint-Rock est annulé avant même d’avoir ouvert ses portes. Inutile de vous décrire par le menu notre frustration et notre déception, partagées par l’ensemble des organisateurs, des artistes et des spectateurs putatifs. Heureusement, les fidèles copains sont là, et nous chassons notre tristesse dans cette belle ville de Cluny, où une sorte de grand schtroumpf déluré nous sert gratins de ravioles et bouteilles de pif à foison, tout ça sur fond de petite finale Brésil-Pays-Bas. Au moins, nous ne sommes pas les seuls déçus de la soirée, c’est déjà ça !

8 août : Segré – La République du rock

Deputies - Segre

Un mois. Un long mois à ronger notre frein, mais ça y est : notre heure a sonné de nouveau. On prend les mêmes et on recommence : RER E direction Bondy, où nous attend notre fabuleuse pétroleuse houblonnée. Saint-Ouen, Saint-Ouen : 2 minutes d’arrêt, le temps de charger la batterie des potes du studio Le Chien, et c’est parti pour 333 km d’aquaplanage. Car oui, Señor Météo est revenu jeter sur nous son dévolu. Et autant vous dire qu’il est bien vénère. C’est un déluge de pluie et de vent qui s’abat sur notre van, qui pourfend néanmoins vaillamment l’autoroute de l’Ouest. Après un arrêt très très salade sur une aire d’autoroute et quelques sévères ronflements en provenance du fond du van, nous arrivons à Segré, petite sous-préfecture tranquille où l’on ne boit pas de champagne tiède (un EP gratuit au premier qui trouvera la référence) mais du vin rouge.

Sur la place de la République se tiennent fièrement les Boissons Rouges, bistro à vins qui se lance pour la première fois dans l’organisation d’un petit festival d’été : « La République du Rock ». Les présentations d’usage effectuées, nous nous rendons chez nos hôtes Victor et Marie-Annick. La pluie torrentielle ne discontinue pas, et franchement, ça ne sent pas très bon tout ça. C’était sans compter sur la détermination de Victor, qui met tout son cœur à déboucher une bouteille de Muscadet sur sa belle terrasse pour nous accueillir. Le pire, c’est que ça marche : le bruit du bouchon fait fuir le mauvais temps. Quelques heures plus tard, nous sommes solidement attablés aux Boissons Rouges, en attendant notre concert. Les groupes défilent, dont certains particulièrement remontés. L’heure de notre set arrive, et enfin nous pouvons lâcher les chevaux. Massés sous la tente, les Segréens répondent présents. « Bienvenue à la campagne ! », nous lance l’un d’entre eux. C’est à ce moment là que Thomas décoche une phrase impossible : « On a essayé de vous amener le beau temps, mais c’était PO évident ! ». Chapeau l’artiste. Au premier rang, de nouveaux fans se déchainent. Premier rappel du week-end. Deputies a chassé la pluie et retrouvé son mojo. Non sans avoir esquivé de (très) nombreux fans de métal qui veulent apparemment nous voir jouer au Hellfest (WTF), nous rentrons raisonnablement nous coucher sur ce succès, afin d’être en forme pour les 5 heures de route qui nous attendent le lendemain.

9 août : Chevenceaux – Laryrock Festival

Deputies - Laryrock

Au réveil, les volets s’ouvrent plus facilement que les yeux. Sui s’abat sur nous. Ca change ! Ragaillardis par ce festin, et plus lourd d’une belle bouteille d’Anjou offerte en cadeau de départ, nous repartons sous l’ire des cieux, très en verve aujourd’hui encore. Il ne s’arrêtera jamais de pleuvoir, et c’est dans un champ de boue que nous accueillent les organisateurs du Laryrock.

L’ambiance est maussade, malgré la poitrine de porc au BBQ qui nous est servie. Chacun regarde son assiette en redoutant le pire. Heureusement, l’équipe du festival est pleine de ressource et d’énergie. Il flotte ? Qu’à cela ne tienne : le festival aura lieu indoors ! En deux heures, l’ensemble du site est transplanté à la salle des fêtes du village. Un vrai miracle, il nous fallait bien ça pour conjurer le sort. La preuve, le soleil revient enfin, et nous profitons de la terrasse en savourant une délicieuse entrecôte-frites, avec beaucoup de sel et l’envie plus forte que jamais de tout donner pour ces bénévoles de folie. La scène est immense, les groupes défilent. Après un ultime « communication breakdown » des Blasting Box, c’est à nous de jouer. Le public est bouillant. Ce concert il est pour nous, nous le savons. À peine « Skip This » achevé, la température s’est élevée de dix degrés. En un quart d’heure, nous sommes trempés. Nous donnons tout, et le public du Laryrock nous le rend bien. À la fin du concert, votre humble bassiste est aveugle pour cause de condensation sur les carreaux. À situation inédite, punchline exceptionnelle : « Appelez Météo France, j’ai de la buée sur mes lunettes ! ». Décidément, c’est un weekend créatif. Notre set s’achève dans la fournaise, après un rappel et sous les applaudissements d’un public conquis. Mission accomplie.

Alain Gillot-Pétré, Zeus et le petit électricien peuvent tous aller se rhabiller : les Deputies ont triomphé des éléments et de l’adversité.  Une revanche célébrée à grande lampées de Cognac-Schweppes. Le lendemain, le retour se fait sous un ciel changeant et une pluie souvent battante, mais tout le monde s’en fout, à part Lionel, héroïque chauffeur dans cette apocalypse. Ultime récompense avant de rentrer reprendre des forces pour la suite du Honeymoon Tour : dans les rues de Saint-Ouen, nous croisons l’inénarrable Morsay, curieusement plus calme et dans une voiture plus petite que dans ses vidéos. C’est donc à lui que revient le mot de la fin : « Nique ta grand-mère la météo ».

Rivers Moreno

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